C’est en répondant favorablement à l'invitation de la Marmotte et l’Ours à les accompagner en Cévennes Gardoises où ce dernier souhaitait se rendre une dernière fois, que j’ai eu le plaisir de les y convoyer et ainsi découvrir toute la singularité de cet à la fois austère et séduisant paysage berceau de l'Ours.
Si pendant leur carrière professionnelle dans la région Toulonnaise il y sont souvent revenus, depuis leur retraite à Embrun leurs visites ont été de plus en plus rares bien qu’une de ses soeurs occupe toujours la ferme familiale et garde ouverte Laireventouse (orthographie moderne de la nomination occitane historique de l’Aïre Ventouse, Aire Venteuse en bon Français soit une aire où il y a toujours du vent, même en période de canicule grâce à son exposition aux thermiques !) pour le plus grand plaisir de tous ceux qui lui rendent visite et ils sont nombreux !
Sur son site Web officiel la commune de
Mialet est ainsi définie :
“Mialet compte 618 habitants résidant dans huit gros hameaux répartis sur une superficie de 3076 ha. Du nord au sud : Brugairolles, les Aigladines, Aubignac, les Puechs, Mialet village, Paussan, le Pradinas, Luziers.” soi-disant à l'intérieur du triangle : St-Jean-du-Gard, Alès et Anduze ce qui ne saurait satisfaire le légendaire souci de précision de notre plantigrade qui, sans nombrilisme excessif, voit plus sérieusement
ainsi la position géographique des Puechs.
Si fort heureusement nous avons bénéficié d’excellentes conditions météo pour les trajets aller et retour, durant la semaine sur place nous n’avons pu effectuer que deux randonnées significatives compte tenu de l’humidité ambiante d’un printemps atypique pour cette portion réputée aride des Cévennes Gardoises.
Pour la préparation de la première, objet de cette fiche, l'étonnement de l’Ours de ne pas retrouver sur la Top 25 de l’IGN sur Géoportail le tracé des sentiers qu’il connaissait, a viré à la frustration lorsqu’il a constaté leur totale absence sur la carte de chaleur de STRAVA, lui confirmant ainsi que depuis longtemps plus personne ne passait par là, il faut préciser que sa dernière randonnée en ces lieux remonte au W-E du 15 août 1983 !
Alors, au lieu de passer par Peuchol et l’ancien sentier de Campeyrigoux jusqu’au Pont sur l’Amous, remonter par l’ubac de Puech Long jusqu’au collet coté 379m et suivre le sentier muletier jusqu’à la cote 443m, itinéraire le plus homogène qu’il connaissait pour ce circuit de l’Escoudas, il s’est résolu à nous inviter à passer par le Boisset pensant que ce serait bien le diable que nous ne puissions pas rejoindre son hameau en ruines par le raccourci habituel des Puechs, à savoir sans descendre du Mas Gaussin jusqu’au pont du Boisset sur le Ruisseau de Camplonne (pour l’IGN, de Lacan pour les autochtones) pour remonter par la route d’accès par Campeyrigoux, désormais la seule encore carrossable.
Bien que sa sœur se soit régulièrement plainte des incroyables dégâts infligés à l'ensemble du pays par des hordes prolifiques et hors de contrôle de sangliers bâtards, pur produit de la folie des chasseurs en particulier et des hommes en général, il n’imaginait pas un tel désastre. D’où sa totale surprise, dès les maisons du Mas Gaussin passées, de découvrir la route forestière autrefois carrossable avec un 4x4 réduite à un sentier louvoyant entre les tas de cailloux tous retournés par ces infernales bestioles sans aucune limite.
Arrivés au plus près du Ruisseau de Camplonne au lacet à partir duquel la piste se poursuit en rive droite jusqu’au pont du Boisset, malgré son environnement, l’Ours a souhaité que nous tentions l’aventure du raccourci pour son si singulier accès direct au hameau en ruines. Après un faux départ en suivant la rive gauche trop en amont, c’est avec quelques difficultés que nous avons pu retrouver et suivre les vestiges de l’ancien sentier en nous laissant conduire par l'observation de part en part des souches de quelques yeuses et buis visiblement coupées à la hâte et depuis longtemps pour faciliter la probable progression de quelques chasseurs ou randonneurs suffisamment hasardeux. Pour enfin retrouver l’ex-magistrale et étroite arrivée entre les murs des très anciennes faïsses en aval des ruines du petit hameau du Boisset, instant suspendu particulièrement émouvant sur l’art et la manière dont des hommes ont bien pu coloniser, habiter et exploiter de tels lieux. Après la visite des ruines pour, là encore, admirer la remarquable qualité des murs qui résistent vaillamment même en l’absence des toits, nous avons rejoint la vaste demeure encore occupée les ⅔ de l’année par son infatigable, patient et persévérant rénovateur de 92 ans (en 2025) que nous avons eu la chance de rencontrer, nous offrant une complète et enrichissante visite détaillée de son imposante maison de maître.
Il était donc bien plus tard que prévu lorsque nous avons effectué la longue traversée de la vallée de la Tourasse du Bois de Malabouisse pour rejoindre la crête faîtière conduisant à l’Escoudas à la cote 443 m. En faisant le mauvais choix d’aller pique-niquer un peu en aval du collet coté 625 m, pour revenir ensuite jusqu’au sommet, alors qu’il suffisait de suivre la crête pour en effectuer la traversée la plus naturelle qui soit, d’autant plus frustrant que désormais la borne sommitale au milieu des yeuses est dépourvue de toute visibilité !
Retour tranquille par la large piste DFCI de Lacan jusqu’au départ du scabreux sentier du Bourédon où les parents de l’Ours louaient les deux faïsses de leur unique potager car toutes les maisons des Puechs sont tragiquement dépourvues de toute source d’eau et ne pouvaient compter que sur les citernes recueillant l’eau de pluie des toits et en période de sécheresse devait se partager l’unique source commune d’un débit minimal de 6l/h jusqu’en 1963, date de construction d'une adduction d’eau en provenance du pompage de la nappe phréatique du Gardon de Mialet, ouf ! tout ceci assez inimaginable pour une Champsaurine qui a toujours vu des cascades en montagne.
La Marmotte ayant prudemment décliné cet aller-retour, c’est délesté de nos sacs que nous sommes partis à l’aventure, sur un étroit sentier totalement ravagé par les sangliers et les intempéries, à déconseiller à tous ceux qui ont les chevilles fragiles; de plus, même si à l’époque le sentier était mieux entretenu, il fallait ne rien avoir d’autre pour venir cultiver des légumes dans un aussi lointain cul de sac où désormais les yeuses règnent en maître sur les vestiges de quelques misérables faïsses.
Revenus auprès de la Marmotte, sans aucune difficulté nous avons rejoint le Serre 463 m, non nommé sur l’IGN, pour descendre directement par ce qu’il reste des anciennes pierres à sel sur Laireventouse et sa fameuse cour en terrasse panoramique d’où, par les claires et froides journées d’hiver, il est possible d’observer les scintillements du Golfe d’Aigues Mortes et plus fréquemment la nuit les éclats lumineux du Phare de l’Espiguette à 72 km à vol d’oiseau.
En conclusion : malgré ce rude dépaysement j’ai bien aimé cette insolite randonnée alors que la Marmotte et l’Ours étaient affectés par le systématique, désolant et irréversible saccage des lieux par les sangliers.
Sauvegarde du nom du fichier GPX :
Trace de l'Ours(2025-04-12 08:54:44 [Suunto App])