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60 ans - 60 sommets

Été 2025
Par Paysan Bohème
45 jours passés sur les sentiers et sur les arêtes et sommets des Alpes
60 sommets pour mes 60 ans 🙂

Jour 1 : Départ de Menton ⛅ 

6:30 départ dans les rues vides et calmes de Menton
L'air est lourd, humide

Quelques personnes sur la plage, quelques sportifs  en train de faire leur jogging matinal
C'est parti pour 45 jours de marche, 45 jours face à moi-même
J'espère que j'irai au bout de mon rêve et que la météo sera avec moi
Le plus dur a été de sortir de Menton, trouver la bonne ruelle et l'escalier qui nous mène sur les chemins
Après être sorti de Menton, en passant symboliquement sous l'autoroute, je sens l'air frais de la montagne qui descend, ça fait du bien 
Le stress s'en va, je sens le plaisir qui prend sa place
Je quitte progressivement la civilisation, les bruits de l'autoroute me parviennent encore

Le bruit de l'autoroute cède progressivement la place au chant des oiseaux
Une pause au col du Berceau : je sors quelques graines et je grimpe ensuite vers la Cime de Restaud et son petit frère le Roc de l'Orméa, orné de drapeaux tibétains 

Première pause déjeuner au pas de la Corne, et sieste à suivre, ou en tous cas repos à l'ombre d'un pin, en attendant que les rayons du soleil se fassent moins violents
C'est quelque chose que je ne fais jamais, la sieste, et pourtant c'est un bon moyen de laisser l'énergie nécessaire au corps pour digérer

J'arrive sur une crête, le vent se lève un peu, quel bonheur ! Presque aussi bon qu'un Perrier citron
Le vent est le souffle de la planète, j'adore le vent !

Arrivée au sommet du Monte Gramondo, une grande croix et une jolie plaque à la mémoire de Patrick Berhault, grand aventurier des montagnes
Lui aussi a effectué la traversée des Alpes mais dans un style bien plus engagé

En redescendant vers le lieu de bivouac je découvre au détour d'un chemin un endroit très sympathique : c'est la que je m'arrêterais !

Jour 2 : Traversée de Sospel et entrée dans le Parc du Mercantour 🌞

Après une nuit potable (il va falloir que je trouve un système correct pour me servir d'oreiller, mon cou est fragile), je prépare le petit-déjeuner (céréales) et je m'aperçois qu'il va falloir commencer à rationner un peu les portions car j'ai été un peu léger sur les doses 
Je profiterai de mon passage à Sospel tout à l'heure pour acheter un morceau de fromage et un quignon de pain 
Et me voilà reparti pour ma deuxième journée de marche : environ 17 km et 1350 m de dénivelé


Le sac est bien plus confortable, allégé de 4 litres d'eau. Je ferai un ravitaillement à Sospel

Après avoir franchi le Cuoré, descente en direction de Sospel. On retrouve les bruits de la civilisation, la chaleur de la vallée 

J'entends le bruit de la rivière qui coule au fond de la vallée, c'est un appel à la baignade 
Mais d'abord je fais un petit tour à Sospel car j'ai une furieuse envie de café, de biscuits ou croissants et peut-être une omelette accompagnée d'une salade à midi. 
J'irai digérer au bord de la rivière ensuite 

Finalement, j'ai bien eu droit à mon café + croissant + pain au chocolat et un délicieux pan bagnat (je crois que c'est le meilleur que j'ai pu déguster jusqu'à aujourd'hui)

Ensuite, direction la rivière, rinçage des affaires et de mon corps (quel bonheur l'eau fraîche avec cette chaleur !)
Puis étendage du linge au soleil et chargement de la batterie avec le panneau solaire 
Et quant à moi, sieste (ou tout au moins repos) à l'ombre d'un arbre

En train de lire "Espresso" de Cédric Sapin-Defour, un recueil de brèves
Son humour est pour le moins percutant 
"Des queues et des tas de gens dans les remontées mécaniques. Au lieu de dire « faire du ski », on devrait dire « attendre du ski » "

15:00 je reprends la route, le soleil tape encore dur 
1000 m de dénivelé m'attendent
Montée plein sud, malgré l'heure "un peu" tardive, le soleil tape fort
Je profite du moindre coin d'ombre et du moindre souffle de vent pour me rafraîchir


Me voilà arrivé dans le parc du Mercantour, accueilli par les oiseaux et la bonne odeur des pins
Elle n'en finit plus cette montée, 1000 m sous le cagnard, j'ai dû perdre 3 litres d'eau 

Enfin le sommet, la Cime de Linière, qui ressemble plus à un plateau. Je suis accueilli par quelques gouttes, rien de grave. 
Je décide de bivouaquer sur place

Jour 3 : Baignade malgré moi 🌥️

C'est reparti 
Je croise un randonneur qui fait également le circuit de Menton au lac Léman mais sans passer par les sommets 
Il va effectuer son parcours en 30 jours, un peu pressé par le temps, c'est dommage 
C'est pour cela que j'ai choisi de parcourir les Alpes en prenant le temps de passer par ses sommets, ses arêtes, c'est comme ça que j'entrerai au cœur de la montagne


Cheminement à travers une forêt dense, les herbes hautes et quelque pas d'escalade pour arriver sur le petit sommet de la Cime du Ters 
Un petit vent frais du Nord revigorant  m'accueille sur la Crète, probablement un reste de Mistral 

Un petit vent, un chemin qui se fait plus simple sur la crête, et le joli sommet de Mangiabo se dévoile en face de moi : que demander de mieux ?

En arrivant presque au sommet, je vois mon premier chamois gambader en dessous de moi 

Je retrouve mon nouvel ami randonneur au sommet  du Mangiabo
On croise les premiers patous et le patron des patous : le berger, super sympa

Grosse bêtise pour aller me ravitailler en eau 
J'ai repéré une petite cascade dans le ruisseau pour aller glisser les gourdes en dessous, sauf qu'en me positionnant, je glisse et tombe de tout mon long dans l'eau, téléphone portable dans la poche 😮
Grâce au dieu de la montagne, il fonctionne encore mais il y a de l'humidité sur les objectifs de l'appareil photo => mes photos sont floues dorénavant ☹️

Je décide de ne pas m'arrêter au camp d'argent et de continuer en direction du refuge des Merveilles
À la Baisse de Saint-Véran, je croise un chamois sur le chemin, pas peureux pour un sou

J'arrive au col de Raus, un coin rêvé pour le bivouac, à 2000 m tout pile
Je me fais à manger et observe au dessus de moi : un chamois (j'ai l'impression que c'est le même que celui rencontré un peu avant : solitaire, la soixantaine, on est fait pour s'entendre 😉) est également en train de déguster de l'herbe bien grasse et quelques fleurs : mon copain pour la soirée

Mon ami randonneur, qui n'est pas pressé, arrive seulement et je lui propose de bivouaquer au même endroit que moi mais il préfère avancer un peu (il était censé dormir près du refuge des Merveilles ce soir)

Me voilà sous la tente, sous mon duvet, quelques oiseaux gazouillent dehors, je suis bien

Jour 4 : Vers les Merveilles 🌞

Après une nuit assez froide, je me réveille avec une bonne surprise : l'appareil photo de mon téléphone est opérationnel, et en plus grand ciel bleu : ça me redonne le moral (même si je gardais quand même un bon moral pour la suite de ma traversée) 

De bon matin (7h) départ pour la Cime de Tuor
Passage dans un magnifique champ de rhododendrons au milieu des mélèzes

De retour au col, je retrouve mon copain le chamois en train de brouter à l'emplacement de mon campement
Rhododendrons, chamois, arrêtes minérales : je suis vraiment rentré dans les Alpes

4 chamois me précèdent en direction du Mont Capelet Supérieur, d'autres les relaient, ils m'accompagneront jusqu'au sommet

Très belle traversée depuis mon bivouac, le long de la crête des 2 sommets qui me séparent du refuge des Merveilles : le Mont Capelet Supérieur et la Cime du Diable

J'ai une belle vue sur la Cime du Gelas que je devrais normalement gravir demain : encore pas mal de névés sur sa face sud ...

En redescendant vers le refuge, arrêt obligé au bord d'un des nombreux lacs pour une petite baignade et un bain de soleil, entre les rhododendrons et les gentianes
Cette vallée porte bien son nom : elle est merveilleuse

Arrivé au refuge, je déguste une bonne tarte aux fruits rouges, accompagnée d'un café et d'un jus de pomme artisanal italien 
Puis lavage intégral sous une douche froide revigorante 
Je retrouve mon ami randonneur (au fait il s'appelle Jordan) qui repart sur le refuge de Nice. Je le retrouverais probablement à Saint-Martin-Vésubie 

Après avoir essayé de dormir, je vais faire quelques exercices d'assouplissement et de renfort musculaire
Demain départ prévu à 5h00 : je ne ferais pas de vieux os ce soir (boules quiès à portée de main)

Le refuge est bien plein ce soir, malgré la période, j'ai du mal à m'intégrer dans cette ambiance bruyante après 3 jours passés seul avec moi-même, dans des endroits superbes 
Après une bonne bière IPA, je suis plus ouvert aux discussions des uns et des autres 😉

Jour 5 : But au Gélas 🌞

Après une nuit déplorable (chaleur et nez bouché), réveil à 4h00, le refuge dort encore, je mange seul le petit déjeuner que m'a préparé le gardien

Il est 5h00, je quitte le refuge à l'aube naissante
Dès que la pente se raidit je ressens dans les muscles la mauvaise nuit que j'ai passé
J'ai choisi aujourd'hui de tenter l'ascension de la Cime du Gelas, point culminant du Mercantour

Il me faut passer par le refuge de Nice pour débuter l'ascension
Apres 2h de marche, un panneau indique 2h30 pour le refuge de Nice. Je n'avais pas anticipé une telle longueur, car il faudra ajouter au moins 4 heures pour faire le sommet.
Je décide de le tenter quand même mais je laisse pas mal de matériel au refuge de Nice. 

La montée est laborieuse dans un dédale de blocs. 
J'arrive pas loin du sommet, il y a de plus en plus de neige
J'arrive finalement sous le sommet, au pied du couloir qui y mène, enneigé bien sûr, et raide. Je tente quelques pas dans le couloir mais je pars rapidement en glissade, malgré les petits crampons que j'ai chaussé (ils ne servent pas à grand chose car la neige est molle). Je m'arrête assez rapidement et je décide de jeter l'éponge, la fatigue se fait maintenant durement sentir.

But au Gelas !

Mais ce n'est pas un échec : j'ai préféré laisser tomber plutôt que d'y laisser la vie (ma chérie me remercie 😉)
En même temps, c'était le sommet numéro 13 😱
Je mange un peu du picnic fourni par le refuge mais la faim n'y est pas. 

J'entreprends rapidement la descente, aussi pénible que la montée.
Arrivé au refuge de Nice, je commande une petite tarte et un coca (qui sera finalement un Cola local), puis je termine le reste de mon picnic. La faim est revenue.

Je refais mon sac, me boit un autre Cola, et c'est reparti pour la suite de l'étape, qui devrait m'amener à la Madone de Fenestre, mais c'est définitivement trop loin, je vais donc trouver un coin de bivouac sur la route 
Ce que je n'avais pas prévu (décidément) c'est que ma route passe par le pas (col) du Mont Colomb soit 500 m de dénivelé de plus, ce qui me fera un total de plus de 2000 m pour la journée 

La redescente du col est plus simple, et je trouve rapidement un lieu de bivouac idyllique au bord d'un petit torrent, à 2300 m d'altitude
Une petite toilette rapide à l'eau fraîche avant d'appeler ma chérie (et oui, il y a même du réseau mais il faut que je fasse 30 m pour capter) 

Ma montre m'indique que j'ai dépensé 5400 calories, il est temps d'aller se coucher

Jour 6 : Vers Saint-Martin-Vésubie 🌞

Après une bonne nuit cette fois-ci, lever 5h30, petit déjeuner avec le peu de vivres qu'il me reste (du thé et mélange de graines) 
Départ un peu avant 7h, direction Saint-Martin-Vésubie 

Après un peu plus d'un kilomètre de descente, on quitte l'univers minéral pour retrouver un peu de verdure, de l'herbe, des fleurs et des arbres : ça fait du bien !

Après étude de l'itinéraire prévu, je décide de changer de programme, ne pas répéter les erreurs d'hier et ne pas trop "surcharger la mule".
J'abandonne donc l'idée de gravir la Cime de l'Agnellière et décide de prendre un chemin moins accidenté, mais passant néanmoins par quelques petits sommets moins élevés 

Je me recueille à la Madone de Fenestre, afin de remercier la montagne de me laisser passer (bon, hier elle n'a pas voulu mais je ne lui en tient pas rigueur) 

Et finalement la traversée vers Saint-Martin-Vésubie par les crêtes se révèle très bucolique et sympathique
Ce qui m'est moins c'est la descente finale depuis la Cime de Piagu : 1400 m de descente, interminable !

J'ai rêvé d'un resto et d'une bière tout le long de la descente et je l'ai fait 😋

J'arrive au camping vers 14h30  mais il faut attendre l'ouverture à 15h
Mais la dame très sympathique fait vite oublier l'attente 
Le temps de monter la tente et il se met à pleuvoir : bon timing
Je récupère mon colis de ravitaillement, je prends une bonne douche bien fraîche et opération lavage du linge 
Mais pas de soleil en vue : le linge finira probablement de sécher demain sur mon sac

Bien discuté avec un cyclo randonneur qui allait jusqu'à Thonon-les-Bains 
Un gars qui a moins de 60 ans, à la retraite (car plan de pré retraite), qui travaillait à Monaco, donc avec un gros pouvoir d'achat (il a voyagé plusieurs fois au Canada dans les pays de l'Est pour faire du ski avec dépose hélico, ...), mais sympa quand même 
Bon, au bout d'un moment, lassé de ses histoires, probablement frustré de ne pas avoir géré aussi bien ma vie que lui ...

Ce qui frappe en traversant le pont qui mène au camping c'est la tranchée énorme qu'a creusé la rivière lors des tempêtes Alex et Aline
5 ans après, les travaux énormes de consolidation des berges sont toujours en cours

Acheté un morceau de tome locale, accompagnée d'une bière pour l'apéro
Puis coup de fil à ma chérie avant de manger
22h00 : extinction des feux 

Jour 7 : Traversée sans intérêt ⛅

Lever 5h30 de bonne humeur, je pars à 6h45 pour profiter de la fraîcheur et arriver le plus tôt possible cet après-midi afin d'éviter les orages

Promenade dans les bois, traversée d'une petite station de ski au Col Saint-Martin (avec un gros building au milieu du paysage 🤮), et de petits villages

Le temps de prendre un petit café / pain au chocolat dans le village de Saint-Dalmas, je retrouve mon ami randonneur Jordan 
Arrêt pause déjeuner dans le mignon petit village de Rimplas, en compagnie du curé (en fer forgé)
Puis descente en direction de Saint-Sauveur de Tinée 
Aucun endroit possible de bivouac sur Saint-Sauveur, il faudrait remonter l'itinéraire de demain sur au moins 500 m de dénivelé, je prends donc la décision de m'arrêter à la chapelle Saint-Roch, 100 m au-dessus du village

Je viens de voir un couple de rats dans la toiture de l'auvent, j'espère qu'ils ne m'embêteront pas cette nuit ...
Celles qui m'embêtent en revanche, ce sont ces petites mouches insupportables
J'ai hâte d'être demain et quitter cet endroit 

Cette journée n'est pas mémorable, c'est une journée de transition

Jour 8 : Montée au Refuge de Longon 🌞

Le rituel est bien réglé maintenant : réveil 5h30, départ 6h45 
Je traverse le village de Saint-Sauveur-sur-Tinée qui tente de survivre, aidé en cela par un collège (dans un si petit village ?) et le PGHM 

Passé le hameau de Roure, je retrouve l'altitude et la montagne (et un peu de fraîcheur aussi) : ça fait du bien !

Après une journée passée dans la vallée, dans la chaleur, sur des chemins sous le cagnard, je retrouve la beauté et la fraîcheur de mes montagnes

Arrivé au refuge de Longon, je retrouve mon ami Jordan 
On discute et au détour de la conversation il me dit que je lui fais penser à Sylvain Tesson, ça me touche 
Nous échangeons à propos de ses livres, puis à un moment il me demande mon âge, il me dit "tu devrais avoir autour des 47 ans". Alors je lui explique pourquoi je suis là, je ne l'avais pas encore fait, 60 sommets pour mes 60 ans

Je le décide à m'accompagner en direction du Mont Gravières 
En montant au sommet, je m'arrête à l'ombre d'un mélèze, aussi rafraîchissante que la verdure de ses aiguilles
Les marmottes m'accueillent de leur cri moqueur
En montant, je croise une arche échouée sur les flancs de la montagne : il s'agit d'un vestige d'une cabane ronde en acier construite pour les vaches je crois

Le soir, nous mangeons un excellent repas (tous les produits principalement basés sur le lait produit par la ferme, chèvre, brebis et vache) précédé d'un petit apéro fort sympathique à l'extérieur (avec une Socca, spécialité niçoise à base de farine de pois chiche)
Nous avons bien discuté avec un groupe du CAF de Nantes Saint-Nazaire, dont l'encadrant était un féru de ski de randonnée et se nommait Damien

Par contre, le discours d'un des randonneurs, anglais, m'a particulièrement choqué
Au moment de l'apéro, la gardienne nous demande si l'un de nous a appelé les secours car le PGHM vient de l'appeler, tout le monde indique que ce n'est pas le cas, les secours demandent si l'un d'entre nous a un équipement d'appel automatique des secours 
Il s'avère que ce monsieur anglais équipé d'iPhone et d'Apple watch est tombé dans l'après-midi, sa montre à déclenché un appel via son smartphone, sans qu'il s'en aperçoive 
Du coup on discute des secours en montagne en France qui sont gratuits, et là ce monsieur nous dit : " vous payez des taxes, et j'en profite"
C'est avec des gens comme ça et des réflexions de ce genre que le monde ne tourne pas rond et se dirige doucement vers l'extinction de notre espèce 
Chacun pour soi, et Apple pour tous

Jour 9 : Le Mont Mounier 🌞⛈️

Départ du refuge à 7h après un bon petit déjeuner 
Il fait bien frais ce matin, quel bonheur d'être ici alors que la canicule sévit en plaine
Un des chiens du refuge, qui sert également à garder les troupeaux, m'accompagne sur le début de mon itinéraire, il fait la chasse aux marmottes

Je marche au son des cloches, des vaches et des cris stridents des marmottes, et des chants des oiseaux : que c'est reposant ! 

Après plus d'une heure de marche, le chien continue de me suivre en gardant ses distances à l'arrière. Maintenant j'ai beau lui demander de filer et de rentrer chez lui, il continue de me suivre et rester à distance

Après avoir pris la grosse voix pour lui dire de retourner chez lui (FILE !) le chien semble avoir compris 

Chaque fois que je passe sous un mélèze, je ne peux m'empêcher de caresser ses branches dont les jeunes épines sont aussi douces que la peau de ma chérie 

En arrivant aux abords du Mont Mounier, je me retourne et qui vois-je ? Le chien me suit toujours, il a juste pris plus de distance (environ 500 m). Une dernière grosse engueulade et il repart la tête basse dans l'autre direction. J'espère que cette fois-ci il a compris. 

Je laisse le sac au col et je pars en direction du Mont Mounier : quel bonheur de monter sans le sac, je m'offre même quelques pas de course sur le plat et en descente

En redescendant du sommet je croise devinez qui ? Mon ami Jordan 😉 : je crois lui avoir donné le virus des sommets 

Redescente en direction de la vallée, pause au bord du ruisseau pour déjeuner et tremper les pieds 
Puis quelques centaines de mètres plus bas, je vois un coin idéal pour bivouaquer. C'est décidé. Je m'arrête là, tant pis demain matin il y aura 500 m de dénivelé négatif et 4 kms à faire en plus mais l'étape de demain n'est pas trop longue
Et au moins je reste au frais.

Je ne crois pas si bien dire : les nuages menaçants s'amoncellent et bientôt le tonnerre retentit, puis la pluie tambourine les parois de la tente que j'ai eu le temps de monter 
Quelques minutes après l'orage le soleil réapparaît : se met en place une lumière magique comme seuls la montagne et les bords de mer en Bretagne ou en Irlande savent le faire

Le soir, la veillée se fait au son d'un troupeau de moutons qui descend à la bergerie
Le calme revient, il va être temps de fermer les paupières 

Jour 10 : Vers Saint-Etienne de Tinée 🌞

Le temps est bien frais ce matin au réveil 
Départ 6h45 comme d'habitude, direction la Roya
 
Une petite heure pour descendre à la Roya 
Je traverse le hameau et des randonneurs sont en train de se préparer pour le départ, comme quoi .... horaires de parisien 😉

Montée vers les crêtes de la station d'Auron 

Traversée de la station d'Auron : méga urbanisation de la montagne, quel drame
Station encore fantôme car les vacanciers de juillet ne sont pas encore arrivés
Obligé de passer à travers des propriétés privées, de véritables petits chalets suisses : peur de me faire arrêter par la police

Désagréable expérience cette traversée la station d'Auron
Pour la descente sur Saint-Étienne-de-Tinée, je me retrouve à nouveau dans la forêt : je respire

J'arrive à Saint-Étienne-de-Tinée juste avant la fermeture de l'épicerie 
Je me confectionne un casse-croûte pour midi avec ce que je trouve : des tomates cerises, les chips à la farine de pois chiches, un morceau de comté, 2 yaourt aux fruits, 2 pommes et un paquet de biscuits 
Quel luxe de déguster ce repas sur un banc à l'ombre d'un tilleul

L'après-midi, baignade dans la Tinée puis arrivée au camping, douche, lavage de presque tous les habits
Je ne retrouve pas mon 2° slip, et pas de magasin pour ça dans le village, il va falloir jouer serré avec un seul slip 😮

Le soir, après une petite bière, je dîne en face de 3 jeunes filles qui randonnent à vélo, attablées sur la table voisine : ça me rappelle la randonnée en Corse avec mes 2 amis quand j'étais adolescent

Jour 11 : Aux portes de l'Ubaye 🌞

Au petit-déjeuner, j'ouvre le téléphone, me connecte au réseau, et je découvre le message envoyé par ma chérie avec un lien vers la chanson " fais-moi une place", chantée par Julien Doré, reprise de la chanson de Julien clerc : Elle me tire une larme 
Bien sûr que tu as ma place dans mon cœur et à côté de moi pendant tout mon parcours !

Je repars ce matin lesté de tout mon ravitaillement : le sac est pesant !

Je rêvais d'un café pain au chocolat dans le village de Saint-Dalmas-le-Selvage, et bien il faudra s'en passer cette fois-ci : pas de bar ni de boulangerie dans ce petit hameau
Une barre énergétique fera l'affaire

J'attaque la montée vers le col de la Colombière (à ne pas confondre avec celui situé dans les Aravis, en Haute-Savoie) et le sommet convoité sous un soleil ardent 
1000 m de dénivelé m'attendent 

Un bon air frais m'attend au col : je revis

Je pose le sac, bois quelques gorgées d'eau et je repars les épaules légères en direction de la Tête de Vinaigre
Un joli panorama m'attend là-haut

il ne me reste plus qu'à redescendre jusqu'au gîte de Bousieyas 

Malheureusement le gîte est au bord de la route qui mène au col de la Bonette, autant dire qu'il y a du passage 
L'accueil est pour le moins mitigé, pas possible de poser mon sac ni de pique-niquer sur leur terrasse 
Je me trouve un coin à l'ombre d'une vieille bâtisse 
Pour faire cuire mon déjeuner

Ensuite tentative de baignade dans le torrent de la Tinée, mais le soleil a disparu et des mouches très collantes me dissuadent de rester au bord de l'eau : un bain de pieds et puis s'en va

Retour au gîte pour prendre le dessert et un bon café 

Puis douche et au lit pour se reposer 
Le lit est confortable et annonce une nuit réparatrice, enfin un oreiller qui va épargner voire soulager mes cervicales

Bonne discussion au dîner avec un néerlandais et un couple âgé
Nous avons parlé de nos itinéraires respectifs et un peu refait le monde

Jour 12 : Vers le col de Larche 🌦️ 

Départ à 6h ce matin, le gîte est encore endormi 
Je pars tôt pour essayer d'éviter les orages au sommet

En montant, je traverse de temps à autre la route qui mène au col de la bonette, la route est calme. Ce matin, pas de voiture

Arrivé au col des Fourches je pose le sac et je fais un aller-retour express au Mont des Fourches
D'énormes nuages pointent leur nez au sud, il ne va pas falloir traîner

Je me connecte au réseau pour regarder la météo et je vois un message de ma sœur Marie qui s'inquiète pour moi et qui me dit de faire attention aux orages : très touchant, je la rassure

Je quitte le Mercantour pour rentrer progressivement dans l'Ubaye puis le Queyras

Il est 8h, un nuage me verse déjà quelques gouttes

Il y a 3 ou 4 ans, nous étions venus avec Cécile au Pas de la Cavale lors d'un séjour de randonnée dans le Queyras et l'Ubaye, j'avais regardé tous ces sommets en face, dans le Mercantour, et je m'étais dit "il faudra qu'on les fasse ces sommets"
Peut-être l'idée des 60 ans - 60 sommets avait commencé à germer à ce moment-là

Arrivé au pas de la Cavale, je monte un peu en direction de la Cime du Mul, mais le tas de cailloux en face de moi ne me donne pas envie et je ne suis pas très confiant envers la météo 
Je m'arrête donc sur un mini sommet (on peut appeler ça une antécime) 

Puis, redescendu au Pas de la Cavale, je décide d'emprunter l'itinéraire de descente que nous avions utilisé avec Cécile et qui passe à côté de deux jolis lacs (les lacs des Hommes), tout n'est pas perdu 😉
Je croise un groupe de chamois sur le chemin, je ne bouge plus, eux non plus, on s'observe, instant magique

Je suis sur un sentier isolé, loin des hommes, je fais vraiment corps avec la montagne et ses habitants

Quelques cairns ici ou là me confirment la bonne direction dans un dédale de blocs

Je passe à côté des 2 lacs des Hommes, perdus au milieu de la montagne, nous nous y étions trempés les pieds il y a 4 ans, ça ne risque pas aujourd'hui
Quel contraste entre hier et aujourd'hui. Hier je crevais de chaud sous le soleil. Aujourd'hui je suis dans le froid et le vent

Je redescends maintenant progressivement dans la prairie, je suis entouré de marmottes qui gambadent

Je me rapproche du col de Larche et des troupeaux de touristes envahissent le chemin

Je vais manger à la guinguette au col de Larche, ça me remontera peut-être le moral 
Le beau temps semble revenu, je vais chercher un coin pour bivouaquer

Jour 13 : Incursion en italie 🌞

La nuit a plutôt été bonne
Départ pour le col de Sautron à 7h00 environ

Montée à travers les alpages, paysage bucolique, marmottes : le moral est plutôt au beau fixe aujourd'hui, comme le temps d'ailleurs 
Mon moral serait-il indexé sur le temps qu'il fait ?

Avant d'attaquer la montée du col, je me charge en eau car il n'y aura rien à boire de l'autre côté du col et au bivouac, il faut également prévoir que demain matin il n'y aura pas d'eau non plus pour la montée 
Je me suis donc chargé de 4 kg supplémentaires qui pèse lourd sur les épaules et le bassin

À la montée au col, une traileuse me dépasse à vive allure, elle me dit : "il faut que je me dépêche, j'ai un coup de fil à passer, j'espère que j'ai du réseau là-haut"
N'importe quoi .... Je ne l'ai pas revue, je ne sais pas où elle est passée

Arrivé au col, je fais un aller-retour express à la cime de la Coste du Col
 
Et je décide de changer de programme : je vais faire deux étapes en une et aller ce soir au refuge du Chambeyron (avec normalement un deuxième sommet sur le chemin) 
Et je reste deux nuits au refuge du Chambeyron
Je ferai une petite balade en boucle demain autour du refuge
Du coup je vide un litre et demi d'eau que j'ai porté pour rien

La forme et le moral sont définitivement revenus aujourd'hui 
J'espère ne pas arriver trop tard au refuge

Le couloir du "col sans nom" a été un peu chaud : un petit passage en "4a", en libre, avec le sac de 15-16 kg qui tirait en arrière, pour éviter un gros névé et parce que les chaînes censées nous aider à monter étaient sous la neige

Ce couloir m'a bien crevé, je m'arrête pour manger un morceau avant de terminer l'ascension du dernier col (de la Gypière)et peut-être du sommet si j'en ai encore les forces

Les forces sont disponibles pour le sommet (Tête de la Fréma), je monte en style léger (sans sac) et je ne regrette pas d'y être allé, belle vue du sommet et belle croix au sommet
Je me suis quand même fait une petite frayeur en prenant pied au sommet, sous la croix : je n'ai pas fait attention et je me suis violemment tapé la tête sous la croix, ce qui m'a rejeté en arrière, je me suis retenu au rocher pour ne pas descendre plus bas

Redescente au refuge, avec en tête une planche de fromage et charcuterie accompagnée d'une bière
Après l'effort fourni aujourd'hui, je l'ai bien mérité

Demain grasse mat 😊, réveil 7h, Petit dej 7h30

Jour 14 : Journée au refuge de Chambeyron 🌞

Après une nuit remuante (à droite, puis à gauche puis sur le dos puis à droite et on recommence), je prends un petit déjeuner copieux, ça fait du bien 
8h10 : départ pour la Pointe de Chauvet, via le pas de la Souvagea, avec un sac léger : le bonheur

Arrivé au fameux pas, une jolie vue sur le massif des Écrins se découvre

En route pour le sommet, je tombe sur une famille de bouquetins, papa, Maman et 4 jeunes qui broutent les quelques touffes d'herbe résistant dans la rocaille, et gambadent pour rattraper leurs parents
Pas très loin de moi, ils m'observent : ce spectacle renouvelé chaque jour n'est jamais lassant 
Mais je me sens un peu un intrus dans leur territoire

Superbe vue du sommet sur une bonne partie des Alpes : les Écrins, les sommets de la Vanoise, le Mont-Blanc, les sommets autour du Mont Rose, et le Mont Viso un peu plus à l'est

Je suis resté un long moment au sommet, aujourd'hui, j'avais le temps de contempler les sommets autour de moi 

Je redescends au col où je pique-nique tranquillement, puis redescend vers le refuge

Au refuge, un gâteau amandes/myrtilles accompagné d'un bon café me permettent de clore dignement ce pique-nique

Il est temps d'aller se reposer dans le dortoir
Toujours pas de sieste, mais le corps se repose

15h passées, je me dis qu'il est temps d'aller faire trempette 
Je me dirige dans un coin du lac un peu à l'écart afin d'être tranquille 
Je fais quelques exercices de renfort musculaire (tout sauf les jambes qui n'en ont pas besoin) pour me réchauffer un peu avant d'aller me baigner 
Puis je rentre progressivement dans l'eau jusqu'à me plonger le corps en entier 
L'eau est bien froide et pique le corps
Je ressors et m'alonge au soleil : quel bienfait pour le corps et l'esprit ! 

Je contemple les montagnes autour de moi 
Je contemple les nuages qui défilent au-dessus de moi, et 2 planeurs qui jouent avec les courants ascendants

Beaucoup de monde ce soir au refuge, beaucoup de bruit, vivement demain
Mais des voisins de table sympathiques, dont l'un redescend demain sur Maljasset, nous ferons donc peut-être un brin de chemin ensemble

Jour 15 : Vers Maljasset 🌞

Après une nuit plutôt correcte, malgré le monde dans le dortoir, petit déjeuner à 7h en compagnie de Mathieu qui va également sur Maljasset aujourd'hui 

Départ un peu avant 7h30

Nous partageons le chemin avec Mathieu, et discutons de temps à autre de tout et de rien, de l'itinéraire, c'est plutôt sympa

Mathieu est conseiller écologie auprès des gouvernements 
Discutons beaucoup de ce sujet et on arrive à la conclusion que les gouvernements aucun pouvoir pour changer les choses, c'est trop court termiste 
La planète ne sera plus vivable pour les enfants de nos enfants
Nous avons pris un peu de distance entre nous sur le chemin, chacun est rentré dans ses pensées

Aller retour express au Monte Ciaslaras (3005 m), puis descente vers le lac de Marinet, en express également afin de rejoindre Mathieu qui a pris de l'avance, j'aimerais bien garder contact avec lui. Il pourrait devenir un ami 
Je le rejoins au lac, il décide de continuer car il n'a rien à manger
Nous convenons de boire un coup dans l'après-midi au refuge du CAF de Maljasset 

Pour ma part, je décide de pique-niquer au bord du lac, après m'être baigné pour me mettre en appétit, même si je n'ai pas trop besoin de ça pour avoir faim

Toute cette eau qui descend les montagnes, c'est tellement rafraîchissant, torrent, cascade, ruisseau, lac, allons-nous perdre tout ça ?

Arrivé aux abords de Maljasset deuxième baignade dans le torrent de l'Ubaye 
Puis un grand café et une faisselle / myrtilles pour bien terminer la balade du jour

Je termine la journée avec Matthieu autour d'une bière, nous nous échangeons nos coordonnées
Peut-être pourra-t-on se revoir ...

Puis j'installe ma tente dans un pré au-dessus du refuge 
Un peu de calme me fait du bien après deux soirées et deux nuits passées en refuge 

Jour 16 : de Maljasset à Ceillac 🌥️

Je rejoins le refuge pour prendre le petit-déjeuner, plus copieux que ce qu'il me reste dans mes réserves 
J'ai besoin d'énergie pour cette dernière journée avant le ravitaillement à Ceillac

Avec Mathieu on se souhaite bonne journée et on espère se revoir à une occasion 

Départ 7h45 pour une grosse montée sous le soleil vers le col de Girardin 

Sur le plateau précédant le col, je retrouve mes amies les marmottes, pas farouches du tout 

Arrivé au col, le vent se lève, le ciel commence à se faire menaçant, je fais un aller-retour express à la tête de Girardin, puis redescente vers Ceillac 
Le sommet est assez vertigineux, mais mon cerveau commence à s'habituer à la verticalité, je ne sens pas de gêne particulière

Je pique-nique au bord du lac Miroir, petit lac perdu dans un écrin de verdure entière de mélèzes et de pins 

Après une longue descente dans la forêt de mélèzes, j'arrive au camping du même nom 

Comme à chaque étape de ravitaillement, opération lavage complet 

J'attends que les commerces ouvrent avant d'y aller pour boire un coup, acheter un peu de fromage et un slip (car après en avoir perdu un je tournais sur un seul ce qui n'est pas évident)

Visite donc du village de Ceillac, achat d'un caleçon, de pain, fromage et saucisson : festin ce soir !

Mon moral serait-il indexé sur le temps qu'il fait ?
Je suis un peu tristounet ce soir, le ciel est morose, quelques gouttes seulement tombent 

Demain je me lève tôt pour essayer d'éviter les orages prévus dans l'après-midi

Jour 17 : Traversée du Queyras 🌦️

Départ 6h40 ce matin 
La vallée de Ceillac dort, à part quelques lève tôt qui promènent leur chien

Le clocher du village sonne les 7h. Il fait frais ce matin, on est quand même mieux ici que dans la vallée où la canicule sévit toujours. 

Après un peu plus de 20 minutes sur le goudron j'emprunte enfin le sentier qui me mène au
col des Estronques

Je passe devant un chalet isolé, un monsieur est attablé sur sa terrasse, en train de siroter son café matinal. Je rêve d'habiter une petite maison ou un chalet en montagne. Est-ce que ce rêve pourra se réaliser un jour : comme tous les rêves, ça ne dépend que de moi

Arrivé au col, fidèle à mes habitudes, je pose le sac et je fais un aller-retour à la tête de Jacquette, sans trop de caillasse
Belle vue sur le Mont Viso et sur le massif des Écrins

Grosse forme aujourd'hui : j'ai pris trois quarts d'heure à la montée au col sur 2 personnes qui avaient des sacs bien plus léger que moi 
Et je double systématiquement les gens à la descente 
Et pourtant je n'ai pas l'impression de forcer

De jolis sentiers aujourd'hui, autant à la montée qu'à la descente, à l'ombre des mélèzes 

Je ne sais pas si c'est parce qu'on se rapproche les Alpes du Nord, mais l'eau coule de plus en plus un peu partout
Au détour du sentier, je tombe sur une jolie cascade qui se déverse sur les rochers 
Je ne résiste pas, je me déshabille et je me mets sous la cascade : quelle fraîcheur, quel bonheur !

Plus tard, je trouve un coin à l'ombre pour la pause déjeuner. J'adore ce moment du repas ou je déleste mon sac du poids des aliments qui se transforme en énergie pour mon corps : c'est du gagnant-gagnant

Je traverse les villages et hameaux du Queyras, j'y vois des magnifiques chalets rénovés, avec de gros SUV garés devant
Ces gens ont-ils réussi leur vie ? 

J'ai croisé un couple de marseillais ce matin sur le chemin 
L'homme m'a félicité pour ce beau projet, il me disait qu'il rêvait de faire ça 
Allez-y réaliser votre rêve !
Ça me fait plaisir d'entendre la reconnaissance de mon projet

J'étire mon étape du jour jusqu'aux abords du villages d'Aiguilles. J'essaie de trouver un coin de bivouac avant que l'orage ne me dégringole sur la tête
Je monte la tente à la hâte dans un recoin à peu près plat, au milieu des herbes hautes. Ce n'est pas idéal mais je n'ai plus le temps de chercher plus avant 
Il y a pas mal d'espèces d'animaux en voie d'extinction sur la planète, mais je peux vous dire que ce n'est pas le cas des mouches et des fourmis 
Ce sont les insectes qui survivront à la destruction de notre planète

Cette fois-ci l'orage est pour moi, je suis calfeutré sous ma tente, la pluie dégringole sur le double toit et je prie pour qu'il n'y ait pas de grêle et qu'il n'y ait pas d'infiltration d'eau dans la tente 
Mais au bout d'une heure environ, la pluie s'arrête : plus de peur que de mal
Il est temps de faire à manger puis de me glisser dans mon duvet

Jour 18 : Vers les Fonts de Cervières 🌦️

Lever 5h ce matin, pour éviter les orages qui devrait arriver assez tôt aujourd'hui 
Départ 6h10 : Je quitte l'enfer des mouches 

Tout est très humide ce matin, je ferai sécher dans la journée si possible

Après avoir traversé le village endormi d'Aiguilles, me voici maintenant sur les pentes alpines : c'est le paysage  que je préfère

Arrivée au lac du Malrif , je tombe sur une bande d' au moins 20 personnes, qui montent vers le col 
Je me rends compte que je suis sur le tracé du Tour du Queyras, fini le calme jusqu'à demain car je pense que le refuge sera bondé ce soir 

Je fais une belle pose au lac, le temps de me restaurer et de faire sécher la tente

Direction le col du Malrif puis comme d'habitude aller retour express au pic du Malrif

Puis redescente sur le refuge des Fonts de Cervières avant que le ciel nous tombe sur le crâne 

Beaucoup d'eau est tombé cette nuit 
D'énormes coulées de boue noirâtre descendues des montagnes ont traversé et creusé le chemin 
En arrivant près du refuge, l'eau a suivi nos pas et le chemin s'est transformé en ruisseau

Arrivé au refuge, je commande à manger, je n'ai bientôt plus de graisse à fournir à mon corps
Une traditionnelle omelette au fromage et une bonne garniture de salade, tomates et carottes

J'assiste alors à un spectacle inédit : une hirondelle joue avec un petit chien, elle tourne à distance raisonnable autour du chien puis effectue un piqué au dessus du chien et le rase à basse altitude 
Le chien essaie bien sûr d'attraper l'oiseau en aboyant, mais n'y parvient pas, et l'hirondelle recommence son manège

Ce refuge est grand luxe : des petits dortoirs de 5, des toilettes propres avec du PQ, des douches chaudes, de quoi laver le linge et l'étendre, de quoi charger les appareils électriques, ...
Attendons le repas de ce soir pour confirmer la note 

L'orage nous a rattrapé 
Qu'il est doux d'entendre la pluie tomber sur le toit lorsqu'on est à l'abri en dessous 
Je pense aux randonneurs encore sur les sentiers à cette heure, et je savoure d'être dans mon lit à attendre le souper

Depuis mon dortoir, où je suis seul, j'entends le brouhaha dans la salle à manger, en dessous de ma chambre 
Il va pourtant falloir y aller si je veux me restaurer 

Jour 19 : Aux portes du Briançonnais ⛅

Après une très bonne nuit dans mon refuge 5 étoiles, départ 7h30 direction Montgenèvre 

Je passe à côté du hameau de Cervières 
Les vaches font tinter leurs cloches dans le pré
Le paysan installe son appareillage pour traire les vaches
La vie ici est à mille lieues de notre vie citadine

Les couleurs avec le soleil du matin et les paysages sont magnifiques
L'eau coule de partout, le torrent m'accompagne le long de mon chemin

Soudain, au détour d'un virage, le chemin m'offre la vue sur le Pelvoux, majestueux

Avant de démarrer la montée, je traverse plusieurs petits hameaux et je choisis d'utiliser la route plutôt que les chemins détrempés, c'est monotone mais plus rapide et les pieds restent au sec

J'entame la montée sur un sentier raide exposé au soleil, redevenu ardent : je sue tout ce que j'ai mangé hier

Arrivé au col, je pose le sac et direction le Grand Charvia 
Superbe vue sur tout le massif des Écrins : Pelvoux, Ailfroide, Barre des Écrins, la Meije, ...

Je redescend vers Montgenèvre 
Un bon pique-nique sur le chemin 
Je traverse les pistes de Montgenèvre, un télécabine flambant neuf me barre la vue sur les sommets d'en face 
Et dans 10 ans, à quoi servira-t-il quand il ne fera plus assez froid pour envoyer de la neige artificielle sur les pistes ?

Du retour à la civilisation, les motos vrombissent dans les virages, mais ça ne sera que pour aujourd'hui

Je décide de prendre de l'avance sur mon itinéraire de demain et descend jusqu'en vallée, et du coup je choisis de dormir en camping : je prends des habitudes de luxe 

Jour 20 : Sur les Hauteurs de Serre-Chevalier 🌞

Départ 7h30 du camping des Alberts 

Je chemine à 300 m au-dessus de la nationale, de laquelle me parviennent les bruits de la civilisation 
De l'autre côté de la vallée se dresse les fortifications Vauban (Fort des trois têtes)

À la montée sur la Croix de Toulouse, je croise une traileuse, oreillette vissée dans l'oreille, en train de papoter 
Je ne comprends pas ces gens qui ne se satisfont pas d'une activité, qui ne la savourent pas 

Du coup je m'arrête pour écrire ce qui précède et que vois-je ? Un petit fourré de fraises des bois : mini festin pour moi, il n'en restera pas une

Arrivé à la Croix de Toulouse, une autre traileuse arrive dans les mêmes conditions : oreillette et papotage 
Je n'ai pas encore vu de traileur en train de téléphoner et de courir, les femmes ont cette capacité de faire plusieurs choses en même temps (et ce besoin de parler)

Sentier physique et aérien pour monter sur la crête au-dessus de la vallée de Serre-Chevalier 

Arrivé au sommet de la Grande Peyrolle, belle vue sur le Mont Thabor, objectif dans 2 jours si la météo le veut bien 

 Je rêve d'une buvette au col du Granon pour boire et manger un petit quelque chose

Les descentes sont aussi raides et physique que les montées

Mon vœu est exaucé : il y a une buvette au col du Granon !
Ça sera une bière, omelette bleu du Queyras et jambon de montagne avec salade verte + tarte aux myrtilles et grand café 

Je discute avec 3 cyclistes dont l'un a fait la haute route des Pyrénées et me la recommande 
Il faudrait convaincre Cécile de la refaire 😉

Après avoir papoté avec ma chérie, je pars trouver un bivouac 
Je suis malheureusement attaqué par les mouches et les moustiques, obligé de manger dans la tente

Je vois pour la première fois la demi-lune, dans l'attente de la pleine lune 
C'est un astre que j'aime beaucoup observer 
Lorsqu'on part de bonne heure en montagne, d'autant plus si on est sur la neige ou sur glacier, pas besoin de lampe frontale, la lune suffit amplement nous éclairer

Jour 21 : Traversée de la vallée de la Clarée 🌞

Ce matin, j'avais mis le réveil à 6h et je me suis finalement réveillé à 6h45 avec le lever du soleil 
Tant mieux cela va sécher la tente et les affaires
Départ 7h50, record battu pour le démontage du camp, le petit-déjeuner frugal et le remplissage du sac, la routine commence à être bien en place 
Chaque partie du campement a sa place dans le sac à dos, toujours dans le même ordre, afin d'optimiser la place occupée dans le sac

Arrivée au sommet de la Gardiole, avec une vue superbe sur le massif des Écrins 
Je me trompe d'itinéraire à la descente mais j'arrive à rattraper le coup en coupant à travers les prés et les pierriers

Descente sur la vallée de la Clarée, l'eau coule de partout
Me voilà arrivé à Névache, je retrouve la belle boulangerie où nous étions restaurés avec Cécile lors d'un superbe weekend de randonnée 
Névache me rappelle également de bons souvenirs de randonnée et bivouac avec mes enfants, j'avais monté du bois dans le sac à dos et Milo avait proposé de faire chauffer une pierre plate, ce qui fut fait, et nous avons fait griller les saucisses sur cette pierre, soirée mémorable 

Je pensais prendre un petit-déjeuner mais vu l'heure il s'agit plutôt d'un brunch (suite grasse mat de ce matin 😉)
J'en profite pour acheter du pain, du fromage et du jambon cru, il faut vraiment que je reconstitue mes réserves 

En traversant les différents hameaux de la vallée, je vois une maison/ferme à vendre, le toit entièrement refait, ce serait le rêve de refaire l'intérieur, mais son prix est certainement hors de notre portée 
Un peu plus loin, je vois un terrain libre entre deux habitations, je me dis qu'on pourrait l'acheter et y construire une maison en A, mais même le prix du terrain doit être hors de notre portée 
Tous ces rêves doivent-ils rester des rêves ?

Pique-nique à l'ombre, papotage avec ma chérie, et c'est reparti direction la Vallée Etroite 

En redescendant vers la Vallée Etroite, un groupe d'Italiens marche devant moi 
Ils ne peuvent pas s'arrêter de parler une minute. C'est insupportable 
Ils n'écoutent pas la nature, la montagne, les oiseaux, le torrent, le vent dans les arbres 

J'essaie de ralentir mais un autre groupe d'Italiens arrive derrière moi 
Je suis encerclé, c'est une cacophonie, il faut vite que je sorte de ce chemin
Finalement j'accélère l'allure et je dépasse tout le monde, me voilà sauvé

Arrivé dans la vallée étroite, je me trempe dans le torrent, c'est vivifiant 
Peut-être vais-je bivouaquer ici, à côté du torrent 
J'attends de voir si mouches et moustiques ne sont pas de la partie

Ce soir ce sera entrée, plat, fromage et dessert !

Finalement, les mouches et les moustiques ne sont pas gênants, c'est plutôt le torrent, à quelques mètres de moi, impétueux, qui va nécessiter de mettre des boules Quiès si je veux dormir

Jour 22 : Le Mont Thabor 🌞🌦️

Départ 5h50, 10 minutes en avance sur le timing 
Je suis de plus en plus efficace le matin 

En route pour le Mont Thabor, dernière étape des Alpes du Sud

Les oiseaux gazouillent, le torrent ronronne, les marmottes sifflent 
C'est la mélodie de la montagne 

Après 4 bonnes heures de marche. J'arrive au sommet du Mont Thabor, avec une vue toujours magnifique sur ce merveilleux massif des Écrins 
Quel beau massif, hissé au milieu des Préalpes 
Il domine tout à la ronde
Et un grand ciel bleu 
Le ciel bleu appartient à ceux qui se lèvent tôt

À la redescente je croise pas mal de monde, les seuls en train de discuter étant les Italiens naturellement, et à la montée en plus 
Je suis un tout petit peu médisant, j'ai croisé un français en train de papoter en montant

Rendez-vous avec Many au refuge du Thabor
En les attendant, je termine mon picnic et je commande un énorme brownie avec un grand café
Je ne sais pas trop à quelle heure ils vont arriver ...

Finalement ils ne viendront pas au refuge, trop fatigués
Je descend sur Valfréjus 

J'ai déjà accompli la moitié de mon périple : j'ai traversé les Alpes du Sud
Je me sens serein et heureux 
Le vent et quelques gouttes de pluie me fouettent la figure : je me sens vivant 

Pas de nouvelles de Many et de son équipe 
J'espère que tout se passe bien 

Finalement nous arrivons tous ensemble à Valfréjus 
Je suis super bien accueilli par Many, comme d'habitude, et nourri 
Je profite de cette soirée et de la journée de repos du lendemain pour refaire mes réserves
Nous sommes 4 à diner ce soir là, ainsi que le lendemain, dont un ami de Many avec beaucoup d'expérience de la montagne. Il a également construit une petite maison en ossature bois. 2 sujets fertiles de discussion.

Jour 23 : Pause à Valfréjus 🌦️

Journée de repos, lavage, courses, et bonne chère

Jour 24 : Entrée dans le massif de la Vanoise 🌞

Many m'accompagne au départ du parking de l'auberge de Bellecombe, au-dessus de Termignon
Elle m'accompagne un bout de chemin, sur un joli sentier, elle me parle de la nature, de belles choses à voir 

Nous prenons un dernier café dans un refuge puis nous nous séparons, elle repart au parking et je prends la direction du refuge du Col de la Vanoise

J'arrive au refuge du Col de la Vanoise après quelques heures de marche la tête sur le sentier

Beaucoup de monde dans ce refuge sur l'itinéraire du GR5, je vais devoir patienter avant de retrouver le calme de mes sentiers

Jour 25 : Refuge du col de la Vanoise - Pointe de la Réchasse 🌞

J'ai décidé ce matin de faire le sommet de la pointe de la Réchasse, car le trajet du jour n'est pas très long 
Je suis seul sur le sentier, je renoue avec moi-même 
Après ces quelques jours de repos, je dois reconstruire mon mental pour gérer correctement les sommets à venir 

Je pose les pieds sur les glaciers de la Vanoise, le royaume de la neige et la glace, le silence est total 
J'arrive au sommet, moment de recueillement auprès de la Vierge qui veille sur nos montagnes 

C'est tellement beau de faire cette traversée en passant par les sommets, les sentiers du GR5 passent tous par des cols, c'est tellement triste de ne pas voir ces vues magnifiques, de découvrir sur chaque sommet, la croix ou le cairn ou la Vierge qui veille sur lui 

Je suis heureux de faire cette traversée tel que je l'avais imaginé, même si j'ai dû quelques fois renoncer à certains sommets, comme hier par exemple

Un court passage au refuge du col de la Vanoise et je reprend le chemin en sens inverse d'hier en direction du refuge de la Femma

Je fais une halte au refuge d'Entre-Deux-Eaux pour me restaurer de la traditionnelle omelette au fromage / salade verte
Attablé dehors, les poules tournent autour de la table, j'en entends une en train de pondre : en direct du producteur au consommateur
L'omelette a été suivie d'une tarte aux myrtilles, tout aussi traditionnelle, pas la meilleure que j'ai mangé mais satisfaisante pour faire le plein de vitamines 

Longue randonnée pour atteindre le refuge de la Femma, route puis piste et enfin un petit chemin
Trajet peu intéressant, pas énormément de choses à voir, si ce n'est les glaciers de la Vanoise si l'on se retourne 

Au refuge, une marmotte, qui semble apprivoisée tellement elle n'est pas farouche, broute et se laisse photographier comme si de rien n'était, à 2 pas de nous.

Ce soir, je mange au refuge mais je dors dans ma tente, au calme.

Jour 26 : Pointe de la Sana 🌞

Après une bonne nuit sous la tente, petit déjeuner au refuge, départ pour la pointe de la Sana à 6h30 dans une ambiance frisquette 

Arrivée au sommet de la Sana en 2h50, en passant par quelques névés qui facilitent la montée

Au sommet, le spectacle est splendide, vue à 360 degrés sur toutes les Alpes et les Préalpes
Massif du Mont-Blanc, Massif du Mont Rose, Massif du Grand Paradis, Mont Viso, Massif des Écrins, Dômes de la Vanoise, et tous les sommets italiens à la frontière (Levanna, Ciamarella, Albaron, ...)

Quand je regarde les sommets au loin derrière moi, la d'où je viens, je peine à croire que j'ai parcouru tous ces kilomètres, franchi tous ces cols, gravi tous ces sommets 
Et je vois maintenant où je vais, le Mont Blanc, la Haute-Savoie, Thonon-les-Bains 

J'arrive maintenant dans le haut de la vallée de la tarentaise 
Les vaches ont changé de couleur : elles étaient brunes en Maurienne, elles sont blanches en tarentaise

Qu'il est bon de marcher sur des sentiers herbus, c'est ça la Savoie et la Haute-Savoie 

Arrivé à Val d'Isère, je ne pense qu'à une chose : trouver un restaurant dans lequel je mais manger de la viande et des frites
Je tombe rapidement sur un établissement qui propose des hamburgers et des crêpes en dessert : validé !

Installation au camping, douche, lavage des affaires séchage, déballage du colis ravito, l'après-midi passe assez vite
Je prépare mon plat lyophilisé et je vois qu'un petit stand de crêpes s'est installé à l'entrée du camping : je vais en profiter pour améliorer mon ordinaire : une crêpe salée et une crêpe sucrée

Demain, grosse journée prévue, réveil à 4h00 : il est temps de se coucher
Des Italiens se sont installés à côté de moi : je mets les boules Quies

Jour 27 : Aiguille de la Grande Sassière 🌞

Grosse étape aujourd'hui, qui passe par le Passage de Picheru, avec 900m de dénivelé, une redescente vers le barrage du Saut (500 m de dénivelé négatif), puis le sommet de la Grande Sassière (encore 1450m de dénivelé) et bien sûr la redescente, soit un total de 23,5 kms et plus de 2500m de dénivelé 

En descendant du passage de Picheru vers le barrage du saut, je réfléchis et prend la décision de laisser une partie de mes affaires au barrage, bien caché dans une ancienne maison, afin d'alléger ma montée vers la Grande Sassière 
Bien m'en a pris, la montée vers le sommet de la grande sassière est longue et fastidieuse, avec en plus déjà 900 m de dénivelé dans les pattes 

Beaucoup de monde sur cette ascension. Afin de faciliter la descente, je coupe par le glacier qui n'est pas crevassé et avec une neige encore ferme  
Je reviens au barrage du saut exténué, je mange un peu mais il va me falloir du repos 

La météo étant incertaine pour les 2 jours à venir, je décide d'abandonner l'ascension du Ruitor et le bivouac côté italien (j'ai peur de ne pas pouvoir revenir en France si la météo se dégrade)
Je décide donc de rester sur place ce soir et de faire demain un petit sommet dans le coin en fonction de la météo 
Et le jour suivant je pourrais simplement effectuer la traversée vers le refuge du Ruitor

Je trouve un coin sympathique pour le bivouac, mais une fois installé et en train de manger mon lyophilisé du jour, 2 jeunes qui s'occupent apparemment de la réserve naturelle de la Grande Sassière m'indiquent qu'il est interdit de bivouaquer à cet endroit, afin de ne pas déranger la faune, et me proposent d'aller planter mon bivouac sur le lieu dédié à cela, à côté du parking du barrage du Saut : quelle déception !
Bon citoyen, malgré quelques ronchonnements, je décide de plier bagage et aller m'installer aux abords du parking du barrage du Saut.
Mais je fulmine : la journée, des hordes de touristes se promènent ici, avec des enfants qui braillent, et des VTT qui détruisent les chemins
A côté de cela, ma petite tente, ma présence ont un impact infime sur la faune

Jour 28 : Pointe de la Golette 🌦️

On a finalement eu un peu d'orage et de pluie cette nuit
Départ sous un ciel très maussade avec quelques gouttes de pluie 
J'ai adopté la même stratégie qu'hier, j'ai laissé mes affaires dans une maison en ruine pour avoir un sac le plus léger possible 
À 6h30, je pars en direction la pointe de la Golette, on verra bien si je peux aller jusqu'au sommet en fonction de la météo 

Un vieux bouquetin mâle est en train de brouter dans la prairie au bord du torrent, il doit être âgé vu la taille de ses cornes

Le ciel bleu est revenu mais pour combien de temps ?

À 2900 m je prends pied sur le glacier, crampons obligatoires 

La neige est plutôt correcte, ça enfonce malgré tout à certains endroits, ça nécessite un peu plus d'efforts 
Le mur terminal pour accéder au sommet est raide, 45 degrés à son plus fort 
Mais avec les crampons ça tient, grosse suée quand même pour arriver au sommet 
Je décide de descendre une partie de l'arête sur les rochers pour reprendre pied sur la neige à un endroit moins raide 
Pas besoin des crampons mais par contre je mets les guêtres car on enfonce bien

De retour au barrage du Saut, je profite du soleil encore présent pour faire sécher la tente et le duvet 
Je décide de m'avancer sur l'étape vers le refuge du Ruitor, je déjeune rapidement, refait le sac et repars en direction du refuge du ruitor, arrêt prévu à la Davie, avant la pluie

Pas possible de bivouaquer autour de la bergerie de la Davie, j'ai dû monter encore quelques mètres de dénivelé pour installer mon bivouac, juste à temps avant que la pluie arrive

Le temps étant maussade et moi-même fatigué, je me pelotonne dans mon duvet qui est comme un cocon doux et chaud 
Je crois que c'est ce duvet qui me manquera le plus une fois rentré chez moi et installé dans mon lit 

Je quitte ce soir la Vanoise et les sommets au-dessus de Tignes et Val d'Isère, que j'ai beaucoup pratiqué lorsque j'étais chasseur alpin

Jour 29 : Vers le refuge du Ruitor 🌧️🌦️

En ce jour de fête nationale ... jour de peine pour moi

Départ un peu tardif ce matin : j'ai attendu la fin de la pluie pour sortir de la tente et faire mon sac 
J'ai quand même réussi à ranger le maximum de choses tout en étant sous la tente et à me faire un thé et des céréales, ce qui est un petit exploit au vu de l'espace disponible à l'intérieur de la tente 
Départ à 7h45 en direction du refuge du Ruitor, avec une omelette à la clé 😉

Il a pas mal plus cette nuit et ce matin, je dois marcher dans les hautes herbes gorgées d'eau, ce qui gorge d'eau mon pantalon et mes chaussures, je marche littéralement dans deux bassines d'eau 

Sur le chemin, aux alentours de midi, je tombe sur une petite auberge dans un hameau idyllique (le hameau du Crôt)
Je n'ai pas la patience d'attendre d'être au refuge pour mon omelette 
Je m'arrête à l'auberge et je fais bombance 
J'en profite également pour enlever chaussures et chaussettes et commencer à les faire sécher, ainsi que la toile de tente 

C'est dans un endroit comme cela que je rêverais de finir mes jours, le plus longtemps possible

Je discute avec la maman de la patronne de l'auberge, elle a toujours vécu ici naturellement, je lui dis que j'ai vécu à Bourg-Saint-Maurice, que j'étais chasseur alpin 
Elle en a de bons souvenirs, on discute de mon itinéraire, c'est plaisant 
Tous ces hameaux, on les a traversés avec mes amis chasseurs alpins
Pas mal de souvenirs diffus reviennent 
C'est une région où il me plairait de revenir habiter mais les prix de l'immobilier doivent être rédhibitoires 

Il faut repartir, j'ai tellement mangé que je ne peux plus fermer la ceinture ventrale de mon sac à dos sous peine de problème ...
Je porte donc tout le poids du sac sur mes épaules

Après 600 m de montée, en sueur sous le cagnard, j'arrive au refuge du Ruitor 
Bel accueil, douche chaude, des livres rouges, du soleil pour sécher les affaires, la journée se termine mieux qu'elle n'a commencé

Le soir, à table, ma voisine est une jeune fille qui effectue une traversée dans le même style que moi. C'est à dire en sortant un peu des sentiers battus, mais dans l'autre sens (Nord/Sud) et il s'avère que sur mes deux prochains jours elle a suivi le même itinéraire que moi
Je regarde avec elle quel serait le meilleur lieu de bivouac pour ma prochaine nuit 

Jour 30 : Sur les hauteurs de la vallée de la Tarentaise 🌥️

Seconde journée de traversée au-dessus de la vallée de la Tarentaise et du massif du Beaufortain
Grasse mat ce matin : petit déjeuner à 7h 

Départ à 8h le ventre plein : ça fait du bien 

Je suis ralenti dans la première montée par les baies de myrtille qui viennent agrémenter un petit déjeuner déjà copieux

Je suis maintenant seul au milieu d'un territoire sauvage, semblable à la Norvège, avec des torrents dévalant la pente au milieu des rochers et parfois sur le chemin, l'eau est omniprésente 
C'est ce genre de paysage et d'environnement que je recherche en montagne

Arrivé au Passage de la Louïe Blanche, j'apprends par Cécile que mon sac pour mes affaires de randonnée que je dois récupérer à Chamonix a été volé parce que la personne qui devait les remettre à mon coéquipier l'a posé dans un jardin 
Je sais que ça ne va pas m'empêcher de continuer après Chamonix mais ça m'énerve qu'on fasse aussi peu de cas de mes affaires

Dans ma traversée vers le refuge Robert Blanc, je fais un petit sommet sans prétention : la Pointe de la Traversette

Je fais une pause goûter à l'hospice du Petit-Saint-Bernard, thé vert à la menthe glace vanille et crêpes à la confiture de myrtilles 
Petit bonheur simple

Je m'arrête sur le lieu de bivouac conseillé par ma voisine de repas hier soir
Un endroit isolé de tout (mais pas de la 4G !) au milieu des montagnes et à côté d'un torrent
La nuit promet d'être belle

Jour 31 : Vers le refuge Robert Blanc 🌥️

Après une nuit bien fraîche, je repars en direction du refuge Robert Blanc
Après quelques minutes de marche, je retrouve le soleil 
C'est fou ce qu'on peut apprécier juste un rayon de soleil après avoir eu froid

En descendant vers la vallée des Chapieux, je croise pendant 10 minutes l'itinéraire du Tour du Mont-Blanc, je croise au moins une cinquantaine de personnes, dont deux groupes de japonais et un groupe d'anglais 
Le refuge près duquel je passe est une usine à touristes, tenue par des Chinois 
Il est impossible de manger entre midi et 12h45 car ils sont en train de manger 
Nouveau concept d'accueil dans les refuges 

J'imagine le calvaire sur la suite du Tour du Mont-Blanc, dans les refuges italiens, avec des hordes de randonneurs touristes braillant 
L'horreur absolue, jamais je ne ferai le tour du Mont Blanc 
Le tour du Mont-Blanc est devenu un reflet de la société actuelle : société de consommation de masse, de consommateurs qui se focalisent sur les produits à la mode, influencés par les vidéos postées sur les réseaux sociaux, sans aller chercher plus loin

Le ventre vide, j'espère arriver au refuge Robert blanc avant la pluie, je hâte le pas dans la montée 

J'arrive finalement avec une demi-heure d'avance sur l'horaire prévu, j'ai pu conserver une bonne allure malgré mon ventre vide

Je commande des röstis au fromage et aux lardons 
Délicieux
Et je termine avec une tarte amandes/poire/chocolat accompagnée d'une tisane

Bonne discussion avec 2 jeunes qui effectuent le Tour du Mont-Blanc mais en choisissant une variante moins touristique
Bravo les jeunes 😉

Demain petit déjeuner à 5h30 pour essayer de faire un sommet avant d'aller au refuge des Conscrits

Jour 32 : Col du Mont Tondu et Pain de Sucre ☁️

Départ du refuge ce matin à 6h15, dans un froid acceptable mais très humide et venté
Montée au col du Mont Tondu par une sorte de via ferrata 
Arrivée au col avec un vent violent 
Redescente sur le glacier pour monter ensuite en direction du Pain de Sucre 
Je mets les crampons et le casque, Cécile m'en saura gré 😉

Je monte au sommet du Pain de Sucre mais j'arrive dans la purée de pois avec un vent toujours aussi violent 
Je décide donc de ne pas faire le Mont Tondu et j'entame la redescente

Je consulte mon itinéraire pour ne pas me tromper : je tombe pile poil sur l'itinéraire de descente 

Je traverse le glacier de Tré-la-Tête qui a encore perdu de l'épaisseur et gagné des cailloux sur ses flancs
J'adore être ici, au milieu du glacier, je le sens vivre en dessous de moi 
Il descend petit à petit la pente en charriant des tonnes de cailloux 

Puis grosse remontée à travers la moraine du glacier
Une fois la moraine passée, la montée continue pour arriver dans le brouillard au refuge des Conscrits, tel un navire dans la mer
Ce refuge se mérite, que l'on arrive de la vallée ou du col du Mont Tondu comme je l'ai fait

Arrivé au refuge, j'ai naturellement commandé la traditionnelle omelette, et un moelleux au chocolat

Marty, mon compagnon de cordée de demain arrivera en fin d'après-midi 
Il y a malheureusement peu de chance que nous puissions faire le Mont-Blanc après-demain au vu de la météo qui est annoncée

Mais j'espère que demain nous pourrons faire ce qui était prévu, c'est-à-dire l'enchainement Aiguille de la  Bérangère, Dômes de Miage et descente sur le refuge Durier

Marty est arrivé, nous fêtons les retrouvailles avec une bière et nous nous racontons nos aventures

Jour 33 : Dômes de Miage - Refuge Durier 🌞

Magnifique journée aujourd'hui
Nous entamons avec Marty la traversée des Dômes de Miage, qui comprend l'Aiguille de la Bérangère et les 3 dômes de Miage, puis la redescente sur le refuge Durier
L'ascension de l'Aiguille de la Bérangère se passe bien, un petit rappel est néanmoins nécessaire pour prendre pied sur la neige 

La traversée des 3 dômes est facile jusqu'au troisième dôme (marche sur neige dure, avec quelques passages vertigineux mais sans danger), mais la descente sur l'arête vers le refuge Durier est éprouvante : beaucoup de vide des 2 côtés, des pas d'escalade avec des crampons sur le rocher, du rocher pourri qui se délite sous les pieds, et un rappel avant l'arrivée au refuge

Nous voyons le petit cube du refuge au loin, perdu sur le vaste col rocheux de Miage, qui se rapproche doucement, nous avons hâte d'y arriver, nous avons tous les 2 en tête la bonne bière à l'arrivée !
Nous voici finalement au refuge, après 9h de bavante tout de même ! Nous la méritons cette bière ! Et nous la dégustons.

Demain, nous ne pourrons pas entreprendre l'ascension prévue : la "traversée royale" vers le Mont-Blanc par et l'aiguille et l'arête de Bionassay. Nous redescendrons dans la vallée, avec la pluie à l'arrivée. Mais nous sommes d'accord avec Marty que de toute façon, cette ascension semble trop ambitieuse, de par l'engagement qu'elle implique, pour nos capacités. Nous aurions de toute façon renoncé. Nous y reviendrons probablement avec la conduite d'un guide.

Durant la soirée, un appel du PGHM informe la gardienne que 2 alpinistes, un père et sa fille, n'ont pas donné de nouvelles, la gardienne leur donne des détails sur leur itinéraire prévu (Aiguille et Arête de Bionassay) et leur horaire de départ 
Nous entendons plus tard l'hélicoptère tourner autour de l'Aiguille de Bionassay, juste au-dessus du refuge.

Jour 34 : Descente vers Chamonix 🌥️

Partis à 6h du refuge, nous entamons la descente dans un terrain proche de ce que nous avons traversé hier

Nous voyons l'hélicoptère du PGHM effectuer des vols au-dessus de l'Aiguille de Bionassay
Nous apprendrons dans l'après-midi que les 2 alpinistes ont dévissé sur l'Arête de Bionassay et sont morts, probablement déstabilisés sur l'arête à cause du vent fort
Nous avons un peu vécu ce drame de l'intérieur

Nous arrivons à destination juste avant la pluie 
Encore une chance, je vais échapper à la pluie ces 2 prochains jours, car hébergé chez mon cousin Olivier

Nous prenons un bon repas dans un restaurant avec Marty et Marie puis ils m'amènent chez mon cousin 
Cela fait 20 ans que l'on ne s'était pas vus, la dernière fois avec ma fille Clara qui était bébé
Les retrouvailles font plaisir

Jour 35 : Vers le refuge d'Anterne 🌥️

J'ai attendu que la pluie s'arrête pour prendre le départ de chez mon cousin
Il a tenu à m'accompagner un bout de chemin ce qui est très chouette de sa part
Le ciel bleu et le soleil sont revenus très rapidement et nous a permis d'avoir une vue splendide sur le massif du Mont-Blanc depuis les crêtes des Aiguilles Rouges

Une fois arrivé au sommet du Brévent je décide de pousser jusqu'au refuge d'Anterne et je les appelle pour réserver une nuit car la météo encore une fois n'est pas terrible pour la nuit qui arrive.
J'ai pris goût au confort et je n'ai pas envie de passer la nuit sous tente et sous la pluie

Grosse descente depuis le Brévent (900 m) et finalement une grosse étape aujourd'hui avec presque 20 km, 1700 m de D+ et 1250 m de D-

Repas à base de lyophilisé dans l'ancien refuge d'Anterne qui a beaucoup plus de charme que le nouveau, et bien moins bruyant

Jour 36 : Pointe Noire de Pormenaz 🌦️

Journée tranquille aujourd'hui
Après le petit déjeuner, j'attends que le brouillard soit chassé par le soleil avant de prendre le départ pour un petit sommet pas loin du refuge
 
Dans l'attente j'achète un bracelet au népalais du refuge

À 8h30, je décide de partir et je vois un coin de ciel bleu apparaître, le soleil ne devrait pas tarder 

En direction de la Pointe noire de Pormenaz je me retrouve enfin seul sur le sentier, ça fait du bien

Arrivé au sommet sous le soleil, mais rapidement voilé par des bancs de nuages qui remontent de la vallée
Petit arrêt picnic au bord du lac de Pormenaz en redescendant 

Puis petite omelette et crêpe en arrivant au refuge 

Il me reste l'après-midi pour me reposer, écrire et lire

Maintenant je comprends les habitudes de ma chérie :
Se moucher avec un mouchoir en tissu 
Laisser le sachet de thé infuser dans l'eau chaude, pour pouvoir remettre de l'eau chaude
Manger les croûtes du fromage 
Ne pas jeter la moindre miette de ce que tu es en train de manger 
Limiter l'eau et le savon dans la douche
Tout ça est hérité de ses expériences en itinérance 
Et tout ça je le vis tous les jours 😉
Je l'aime ❤️

Une bonne soupe de légumes, des diots et de la polenta au menu ce soir : de quoi me requinquer pour la journée de demain

Jour 37 : traversée via le Mont Buet 🌞

Je pars à l'aube ce matin car une grosse montée/traversée des crêtes vers le Buet m'attend et le temps va peut être se dégrader rapidement

Au départ du refuge, lever de soleil sur le Mont Blanc : c'est magique !
Petit à petit, les autres sommets et les aiguilles de Chamonix s'illuminent sous les rayons du soleil

Je grimpe au col d'Anterne sous le regard et la majesté du Mont-Blanc
Et vu l'heure, je suis seul sur le chemin, ce qui participe à la beauté du moment
Arrivé sur la crête je croise un troupeau de bouquetins

En regardant vers l'ouest je découvre une belle vue sur les sommets du Chablais, et notamment le Roc d'Enfer
Les larmes me montent aux yeux, ces sommets sont le début de mon histoire
Dans quelques jours je retrouverai ma famille, mes enfants, ma sœur, ma chérie 
Je ne pourrai pas retenir mes larmes, de joie, de fatigue

C'est aujourd'hui une des plus belles journées de ma traversée des Alpes

Au sommet de la tête de Villy je croise encore deux bouquetins qui m'observent, tranquilles, pas farouches du tout
L'avantage de passer par les crêtes et d'être seul sur le sentier c'est aussi ça : on y croise plus d'animaux

Passage très aérien à la descente de la Tête de Villy 
Puis De nombreux passages aériens jusqu'au plateau du Buet 
Cette traversée du col d'Anterne au Mont Buet est vraiment extraordinaire 

La redescente du Buet vers le refuge du Grenairon est tout aussi aérienne, avec pas mal de câbles et de pas d'escalade
Une famille veut tenter de descendre par cet itinéraire mais a déjà beaucoup de mal sur les premiers pas 
Je leur conseille de remonter au sommet et de descendre de l'autre côté par la voie normale 
Peut-être ai-je sauvé une famille aujourd'hui ?

Descente interminable sur le refuge de Grenairon 
Mais passage par de nombreux escarpements rocheux, superbes, qui font parfois penser aux Dolomites 

Le refuge est tenu par un couple amoureux du Népal, et 3 népalais travaillent ici l'été 
L'accueil est chaleureux, le gardien très amical

Jour 38 : Cirque du Fer-à-Cheval et montée au refuge de la Vogealle 🌥️

Petite grasse mat aujourd'hui, départ un peu avant 8h pour le refuge de la Vogeale 
Pour l'instant il ne pleut pas, juste du brouillard 

Le brouillard s'est envolé, quelques coins de ciel bleu apparaissent, espérons que ce temps se maintienne jusqu'au refuge

Grosse descente jusqu'au fond de la vallée, dans le cirque du Fer-à-Cheval, 900 m plus bas, puis une grosse remontée vers le refuge de la Vogeale (1100 m de dénivelé)

Je fais un arrêt dans un camping super mignon pour grignoter un morceau
Très bel accueil, environnement, magnifique, c'est une adresse à retenir (camping le Pelly)

Cette montée au refuge de la Vogeale me rappelle de vagues souvenirs de mon enfance 
Le pas du Boret où ma mère souffrait du vertige, le rocher du  Dard, ... les éboulis avant d'arriver au refuge

Je vais rester 2 nuits au refuge, j'avais prévu de bivouaquer à l'extérieur mais la météo prévue pour la nuit est très pluvieuse, je m'installe donc dans un dortoir, je prendrais une douche demain
C'est vraiment dommage car l'espace bivouac est fantastique : de l'herbe grasse sur une surface plane et généreuse

Le soir, dîner avec des personnes très intéressantes 
2 sœurs avec les enfants qui connaissent très bien le coin, et avec nos valeurs communes : amour de la nature et de la montagne, simplicité, bienveillance
Le menu est atypique pour un refuge (en tous cas je ne l'avais jamais vu) : une généreuse potée savoyarde
 
Et la tournée du gardien en fin de repas : ce sera génépi pour moi
Voilà une belle initiative du gardien, qui resserre les liens entre les convives

C'est l'heure d'aller au lit, il pleut à verse dehors, il fait bon dormir sous un toit 

Jour 39 : Petit Mont Ruan ☁️

J'effectue aujourd'hui l'ascension du Petit Ruan
J'avais prévu le Grand Ruan mais la météo de la journée ne me permettra pas de le réaliser, et j'oserve en montant que les précipitations de la nuit ont laissé de la neige au sommet, je ne suis pas équipé pour

La couche de nuages qui forme une mer en dessous de moi monte plus vite que moi. Je crains de me retrouver dans le brouillard 
Espérons que le Soleil vienne dégager tout ça 

Le brouillard n'a pas trop envie de s'en aller, je vais avancer un petit peu en direction du Petit Ruan, si cela ne se dégage pas je redescendrai 

La visibilité reste correcte malgré les nuages qui vont et viennent
Je continue jusqu'au sommet
J'effectue la redescente à un rythme plutôt lent, je me sens un peu fatigué 
La descente se termine par un sentier sur de la terre grasse, c'est une véritable patinoire

Impossible d'échanger au téléphone avec Cécile, le réseau étant trop faible, on s'envoie quelques SMS et je rentre au refuge
Je déjeune de mon picnic et d'une tarte aux myrtilles accompagnée d'un grand café
Puis douche, lavage de quelques affaires, et tentative de sieste (mais repos tout de même)

Très bonne soupe ce soir, comme hier
On se rappelle nos souvenirs d'enfance autour de la soupe 

Très bonne soirée avec des gens sympathiques
Et la traditionnelle tournée du gardien : toujours génépi pour moi

J'ai passé finalement 2 jours avec un compagnon de randonnée, jurassien, qui est parti d' Evian pour aller dans le massif des Écrins 
Il s'appelait Michel, comme mon oncle, il aurait pu avoir son âge 

Jour 40 : Traversée sous la pluie 🌧️

Départ sous un temps couvert, de la brume en altitude, en direction du col de Bostan

Encore une fois, j'ai une petite forme ce matin, mais je ne suis pas pressé d'arriver au col, dans le vent et le brouillard 

Passage du pas du Taureau, assez aérien, équipé de câbles 

La montée à la tête de Bostan est un vrai calvaire : pluie, vent, brouillard, froid, et le chemin transformé en patinoire à cause de la boue glissante 
La redescente vers le refuge de la Chardonnière est tout aussi pénible, avec même de la désescalade d'une cheminée dans des roches trempées et glissantes 

Cela fait deux jours que je ne vois plus le paysage, je ne vois que le chemin devant moi et le brouillard autour de moi 
La Haute-Savoie ne me réserve pas un accueil tel que je l'avais imaginé 

Arrivé au refuge de la Chardonnière, je retrouve un feu qui brûle dans le poêle pour me réchauffer et faire sécher mes chaussures détrempées, une hôtesse accueillante, un peu de réseau pour envoyer un message de bonne arrivée, de l'électricité pour recharger mes appareils (car sans soleil depuis 2 jours les batteries sont vides), et une omelette au fromage pour me réconforter
Le moral remonte en flèche

Je décide de dormir au refuge ce soir, encore une fois, car tout est détrempé dehors et de la pluie est encore prévue cette nuit
Cela fait maintenant plus de 10 jours que je n'ai pas dormi sous tente, à cause des conditions météo. Cela me manque un peu, ce n'est pas ce que j'avais prévu

Je serais seul dans le refuge ce soir. Je dine de mes repas lyophilisés, mais au sec et avec un poêle qui sèche mes chaussures.

Jour 41 : Sur  les hauteurs d'Avoriaz 🌦️

Un peu de ciel bleu ce matin pour le départ, mais la météo annonce encore et toujours de la pluie à partir de midi ou 14h 

Je vais devoir à nouveau dormir en refuge ce soir pour éviter d'être trempé, ce qui me désole car j'aime bien dormir sous la tente 

Les abords du sentier des crêtes a été fauché : je remercie la commune car les herbes mouillées sont une plaie, les chaussures sont trempées en moins d'une demi-heure

La traversée de ces crêtes doit être magnifique mais je suis malheureusement de nouveau dans le brouillard 
Grande traversée sur des pistes (pistes de terre mais aussi pistes de ski l'hiver) au-dessus de la station d'Avoriaz, blocs de béton et de bois plantés au cœur de la montagne, avant de rejoindre le hameau des chalets de Lens. Autant dire que cette traversée n'a que très peu d'intérêt

Descente dans la boue jusqu'au refuge des Tinderets 
Arrivé au refuge je m'offre cette fois-ci une planche du berger (jambon cru, tomme, rosette, abondance), en terrasse, juste avant que la pluie ne revienne

Je serais à nouveau seul à dormir au refuge ce soir
Je suis hébergé dans l'annexe du refuge, et je vais même pouvoir me faire une petite flambée dans le poêle
Si ce n'est pas le bonheur, ça y ressemble beaucoup, il manque juste Cécile, mes enfants, ma sœur et sa famille

Vu le temps prévu demain matin, je pense que la grasse mat va s'imposer

Ce soir, je profite de mon dernier moment de solitude, attablé devant mon repas lyophilisé, à la lueur des bougies, à côté du poêle qui chauffe et qui sèche mes chaussures 
Cette ambiance me rappelle les soirées dans notre chalet des Aravis avec mes grands-parents, mes oncles, et ma mère qui nous rejoignait quelquefois

Des trombes d'eau tombent sur le toit 
Qu'est-ce que j'ai bien fait de réserver cette nuit en refuge !
Mais une autre option était-elle possible ?
Je pense aux deux jeunes croisés hier dans le refuge de la Chardonnière et qui ont déjà passé la nuit dernière sous la pluie

Jour 42 : La pluie, toujours => descente au village 🌧️

Je me réveille ce matin à 7h30 
Il a plu toute la nuit, et il continue à pleuvoir
Comme dans mes souvenirs au chalet des Aravis ma première action est d'allumer le feu dans le poêle 

Je vais essayer de patienter dans mon refuge en espérant que la pluie s'arrête 
Mais le sol et les végétaux sont tellement détrempés que je serai de toute façon mouillé

La pluie est le pire ennemi du randonneur, il n'y a aucune façon d'y échapper et de ne pas être mouillé 
Si la pluie dure plusieurs jours, au bout d'un moment tout est mouillé ou humide, y compris les habits de rechange 
C'est vraiment pour moi le point bloquant à l'itinérance sur de longues périodes 

Le feu s'éteint petit à petit, quelques braises continuent à rougeoyer et me réchauffent
Je ne me lasse pas de les observer 

Je profite d'une accalmie vers les 10h pour descendre dans la vallée 
Je file à toute allure vers le parking du lac des Plagnes, afin de me mouiller le moins possible
Au final, peu d'herbes sur le chemin, et pas trop de boue, je m'en sors presque sec
En arrivant au parking je croise un Monsieur qui accepte de me descendre sur Abondance, car je n'ai pas envie de faire 5 kms sur le goudron

Arrivé à Abondance, je trouve un café ou je vais déguster des viennoiseries accompagnées d'un grand café
Une navette va pouvoir m'amener à la Chapelle d'Abondance, où je trouve un gîte pour la nuit

Je prends un petit repas avant d'embarquer dans la navette qui me mène à la Chapelle d'Abondance

Bon accueil à l'arrivée dans le gîte, et bonne douche chaude

Je profite d'une accalmie pour aller acheter du reblochon et de l'abondance dans la fruitière locale

En fin d'après-midi, j'échange avec un couple de médecins retraités qui viennent de Nouvelle Zélande
Ils ont également fait une traversée depuis Menton jusqu'au lac Léman, mais par un autre itinéraire que le mien, avec plus de passages en Italie

Demain, c'est le grand jour : je revois ma chérie et ma famille

Jour 43 : Les Cornettes de Bise ⛅

Départ de la Chapelle-d'Abondance à 7h30 le cœur léger 
Le temps est de la partie : grand ciel bleu ce matin
Je vais retrouver la famille sur le parking de Chevesne 

J'arrive sur le parking et je serre Cécile dans mes bras, puis ma soeur et ma nièce, Eva
Je dois attendre un peu l'arrivée des mes enfants, Clara et Milo, et Baptiste, le petit ami de Clara : je les serre dans mes bras
Je croyais pleurer en retrouvant tout le monde mais finalement non, je suis heureux et serein

Cécile a acheté des viennoiseries, tout le monde en profite

La montée vers les Cornettes de Bise se fait à un rythme dont je n'avais plus l'habitude 
Les enfants discutent, prennent des photos, s'arrêtent pour se déshabiller, puis se rhabiller, au gré des nuages qui commencent à arriver petit à petit et commencent à masquer les sommets 

Nous croisons un troupeau de bouquetins sur le chemin - Séance photos !
Milo s'approche au plus près pour photographier des petits

Tout le monde arrive finalement au sommet, dans le brouillard, et nous prenons une photo souvenir
Puis nous mangeons notre casse-croûte dans une ambiance automnale (vent et sans soleil)

Nous entamons ensuite la descente dans laquelle nous croisons à nouveau un troupeau de bouquetins pas farouches
Ils sont à côté de nous et nous observent puis broutent à nouveau
On a l'impression que nous sommes les bêtes qu'ils observent

Après une boucle qui passe par les sentiers suisses, nous retrouvons Cécile au refuge de Bise, prenons quelques douceurs car c'est l'heure du goûter

Une heure plus tard c'est l'heure de l'apéro, puis nous enchaînons avec le repas : Diots et polenta
Tout le monde a repris des forces

Et il est ensuite l'heure de dormir : réveil à 6h30 demain, pour la dernière journée de mon aventure !

Jour 44 : La Dent d'Oche 🌞

C'est le dernier jour de mon aventure aujourd'hui
J'espère emmener tout le monde sur mon dernier sommet, la Dent d'Oche 

Nous croisons ce matin à nouveau un gros troupeau de bouquetins, plus âgés qu'hier, avec de belles cornes 

La troupe semble plus fatiguée qu'hier, les jeunes traînent la patte et discutent en chemin
J'ai peur que les nuages ne gâchent ce dernier sommet, cette dernière étape, et je leur demande d'avancer plus vite
Je m'en veux mais je voudrais tellement arriver au sommet de la Dent d'Oche avec le soleil et la vue sur le Lac Léman

Après une grande traversée nous arrivons aux Chalets d'Oche. Clara et Baptiste décident de rester ici et de nous attendre 
L'important est qu'ils se soient fait plaisir jusqu'à maintenant, le sommet n'étant pas un but en soi 

Milo lui est parti comme un avion au sommet
Avec Marie et Eva, nous gravissons la pente lentement, je guide leurs pas dans les passages rocheux délicats 
Arrivés au refuge de la Dent d'Oche, un magnifique promontoire sur la vallée et le Lac Léman, elles décident de s'arrêter là, de profiter de la vue. Les efforts, l'appréhension et la concentration fournis jusque là les ont bien marqués

Je rejoins Milo au sommet 
Nous avons enfin le beau temps et une vue superbe du sommet
Je suis heureux
C'est mon 60e sommet, le plus beau, l'aventure est presque terminée

Avec Milo, nous redescendons sur le refuge, et voulant grignoter quelque chose je m'aperçois que j'ai laissé le picnic dans la glacière avec Cécile
Nous prenons rapidement une petite planche fromage/charcuterie et une bière, avant de redescendre

Arrivé aux chalets d'Oche, je suis accueilli par Clara et Baptiste avec un panneau qu'ils ont confectionné, "bravo champion"
C'est trop mignon

Tout le monde est fatigué, mais il reste encore une bonne trotte jusqu'au parking où nous attend Cécile
Je descends en mode speed pour rejoindre ma chérie, puis je remonte pour aider Marie sur le chemin de descente qui est un peu exigeant

Tout le monde est arrivé, nous prenons un petit pique-nique, puis je m'équipe pour ma dernière étape : la descente en vélo jusqu'à Thonon 

Me voilà arrivé au lac, je quitte les habits de montagne pour mettre le maillot de bain et je plonge dans le lac 
C'est maintenant vraiment la fin de l'aventure 

Il est temps de rejoindre ma mère et Cécile ainsi que les enfants qui nous rejoindront ce soir pour manger un petit quelque chose avec ma mère

Jour 44 : Descente à vélo sur Thonon 🌞

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